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Ceux qui ne savent pas lire entre les lignes,
Ceux qui ne se sont jamais promenés entre les vignes,
Boivent pour oublier et pour mieux dormir,
Ils s'en vont à la mer pour enfin mourir.

Ceux qui ont bâti des cités bien avant les autres,
Ceux qui font des bêtises, mais qui sont les nôtres,
Ceux qui ont construit Carthage et bâti Rome,
Sans jamais faire le tour de leurs propres dômes,

Sont toujours là au fil des jours et des nuits,
Bravant les invasions et les sombres partis pris,
Porteurs d'un héritage qu'ils ne savent plus lire,
Grands maîtres d'un passé qu'ils peinent à traduire.

Ceux qui aiment les figuiers et les oliviers,
Ceux qui aiment la vie, tout compte fait,
Ceux qui ont survécu trois mille longues années,
Se cachent en leurs grottes ou leurs dattiers.

Ceux qui mangent de tout, de toutes provenances,
Se sous-estiment avec trop de constance.
Ils admirent au loin les jardins de cristal,
En oubliant l'éclat de leur propre métal. 

Ceux qui aiment vivre chez les autres, sereins
Sans avoir de haine au fond de leurs seins,
Élèvent leurs chers enfants pour qu’ils s’en aillent
Grandir bien loin de leurs propres plaines.

Ceux qui vident leurs greniers
pour bâtir les cités des autres,
Ceux qui aiment la compagnie des bêtes
Et ne savent plus comment « tenir tête »,
Mangent peu, mais Dieu bénit leur assiette.

Ceux qui peuvent éteindre des incendies
et jouent quand même avec le feu,
Calment leur creux d'un repas, c'est bien peu,
Et fantasment d'un monde dont ils veulent faire le tour,
En attendant l'heure, en attendant le jour.

Ceux qui parlent toutes les langues sauf la leur,
Qui cherchent ailleurs un semblant de bonheur,
Sont des rois déchus sur des trônes de poussière,
Mendiants de lumière aux portes de l'hiver.

Ceux qui ont fait des pas de géants
et courent pourtant comme des escargots,
Avalent des couleuvres et raffolent des ragots,
Bâtissent des châteaux sur des sables mouvants,
Et s'étonnent de voir leurs murs emportés par les vents. 

Ceux qui prient pour la pluie sous un soleil de fer,
Et transforment en oasis leur propre enfer,
Finiront par comprendre, au bout du chemin,
Que le fil de leur vie est entre leurs propres mains.